Commentaire au sujet d’un article de Rue89 sur Davy Rodriguez

(initialement publié sur mon site le 4 octobre 2015)

Article Rue89 que je vous conseille de lire avant de lire, ci-après, ce que j’en pense.

Pour devenir une association de Sciences-Po, le FN doit recueillir 120 suffrages sur plus de 10 000 étudiants, en quatre jours de vote. Dès le premier jour, ce jeudi en milieu de journée, il a déjà obtenu le nombre de voix nécessaire… (lire la suite)
Source : De Mélenchon au FN Sciences-Po, voici la « timeline » de Davy Rodriguez – Rue89 – L’Obs

Ce que je pense de cet article, mon commentaire:

Il y des parcours qui racontent mieux que d’autres leur époque et épargnent ainsi les longs discours destinés à l’expliquer, nous permettant simplement, tel Balzac, de l’illustrer à l’aide de caractères puissamment trempés dans l’esprit du temps.
Tout comme Nadine Morano n’a pas dérapé mais s’est simplement laissée aller à synthétiser en quelques phrases l’idéologie dominante, lui valant le soutien assez évident de l’un des parrains de la réaction, Alain Finkielkraut, le parcours de Davy Rodriguez est un petit chef d’oeuvre, il est à l’image de ces glissements que nous observons depuis quelques temps en direction du Front National.
L’article de Rue89 utilise une matière première assez inhabituelle, en France, à savoir qu’il est allé chercher dans ce que nos universitaires considèrent comme une poubelle. À savoir la page Facebook de l’individu. C’est un procédé très littéraire et presque balzacien, car s’y révèle une personnalité, une histoire, un parcours, toute dimension absente du débat public sur ce qui fait un individu, en particulier un individu converti à une idéologie réactionnaire.
Moi, ce qui m’a passionné à la lecture de cet article et de ce parcours, c’est de comprendre dès le départ que, comme pour Florian Philippot, Davy Rodriguez a toujours été nationaliste et « républicain ». Ce quelque chose qui m’a toujours horripilé chez Chevènement, mais aussi chez Jean-Luc Mélanchon. Le guesdisme. Ce besoin d’un homme, d’une idéologie forte. Et au fur et à mesure, alors que l’échec patent de cette gauche est une évidence, que le découragement et le défaitisme gagne, le glissement vers l’extrème-droite. Jacques SapirFlorian Philippot, aujourd’hui Davy Rodriguez, la liste s’allonge de celles et ceux qui passe de la république à… la république.  Chevènement, que je n’ai jamais considéré comme de gauche mais comme d’un résidu de la troisième république conservé dans le formol, en faisant passer la nation, la république, la souveraineté comme les notions centrales de toute action politique, a entretenu l’idée selon laquelle le pouvoir politique, l’état, un président pouvaient tout, et que le rôle du peuple était de se fondre en cet état pour lui donner sa force. Autant dire que pour « ma gauche », il y a toujours eu un caractère totalitaire chez Chevènement, et ces glissements les uns après les autres en sont une illustration assez peu surprenante.

Davy était Front de Gauche, il aimait les FEMEN (le féminisme réduit à une délégation de la lutte des femmes à une bande de filles anoréxiques obsédées par le religieux mais ignorantes des conditions de travail, du chômage et des inégalités salariales dont souffrent les femmes), il aimait les chefs d’état de régimes forts (Hugo Chavez), il lisait Alain Finkielkraut, il était préoccupé par la perte de souveraineté de la France (comme Michel Onfray, un autre ami de Jean-Pierre Chevènement). Visiblement, notre transfuge n’a jamais été inspiré par la question démocratique, par la question de l’autonomie de la société, des luttes, des individus, par l’appropriation et la production de savoir à travers et pour l’exercice du pouvoir, et en cela, comme beaucoup de gens à la prétendue gauche de la gauche, là où règne une très grande confusion entre satisfaction des besoin sociaux et croyances magiques (exemple: il suffit de sortir de l’euro et tout ira mieux, il suffit d’abolir la loi de 1973 sur les banques et tout ira mieux, etc) dans une ignorance sacro-sainte de l’expertise de la société pour définir ses propres besoins, ses propres revendications et les propres outils de son émancipation politique et sociale (ben oui, ils n’ont pas lu Marx), ils ne font pas le lien entre émancipation politique, économique et créativité sociale et culturelle, parce que pour eux, le politique, l’économique, le social et le culturel se fondent en un tout qui s’appelle la république, la nation, « le peuple » (Michel Onfray dans ONPC), fusion rendue nécessaire à leurs yeux pour « retrouver » la France.

Bref. Jamais Dany Rodriguez ne serait passé au FN s’il avait été d’abord et avant tout démocrate. Par exemple, Éva Joly ne passera jamais au FN. Même si un jour elle analysait, comme moi, que nous devions sortir de l’Union Européenne, sortir de la monnaie unique, elle ne passerait pas au FN. Parce qu’elle est démocrate, fédéraliste, que pour un démocrate, le contrat est la base, qu’un contrat c’est prendre le risque de sa révocation, c’est assumer la fragilité du lien qui nous uni, et c’est penser que précisément, c’est ce risque qui fait la force du contrat.
Le socialisme s’est construit comme un libéralisme conséquent, parce qu’il ne peut y avoir de démocratie dans un régime d’inégalité sociale, comme des penseurs aussi « neutres » que Tocqueville, Montesquieu ou Machiavel l’ont établi (mais qui étudie Tocqueville en France, qui étudie Montesquieu, qui étudie Machiavel, les Montesquieu studies sont aux USA, tout comme Tocqueville est y traduit et lu, Machiavel est en France superbement ignoré).
La réaction est parvenue à imposer une défense de la forme de gouvernement (républicaine) comme l’alpha et l’oméga de la lutte politique. Plus personne dans le champs médiatique ni le champs politique pour parler de la démocratie comme un processus.
Comme le débat politique se limite à une perte de pouvoir par « la France », à un « problème de l’islam » et du « communautarisme », il est évident que le défaitisme de cette gauche de la gauche en conduit, en conduira de plus en plus de pans à aller vers le Front National, parti qui se propose de garantir cette unité de la république contre toutes les tentatives de divisions qui la menacent.
Autant dire que l’ennemi du FN, ce n’est pas l’antiracisme et encore moins « la république », c’est avant tout un projet démocratique qui reconnait à chacun, individu, mais également à chaque groupe librement constitué -appelez cela communauté si ça vous chante-, son autonomie, son expertise  et sa légitimité dans un processus politique garanti par une constitution (Excusez-moi cette rédaction un peu rapide). Cette vision, ni Michel Onfray, ni Jacques Sapir, ni Dany Rodriguez, ni Jean-Pierre Chevènement, ni Alain Soral, ni Éric Zemmour, ni Alain Finkielkraut, mais également ni Nicolas Sarkosy, ni François Hollande, ni Manuel Valls ne l’ont faite leur, jamais. Et voilà pourquoi pour ma part, le passage à Science-Po d’un ancien militant du FdG n’est en rien une surprise, est en soi un non évènement, mais avant tout (un) révélateur (…).
Le révélateur de la domination, en France, d’une idéologie totalitaire, appelée « républicaine », idéologie paranoïaque qui se prétend victime de complots, de censures, d’attaques quand elle fait la une des magazines, des kiosques, qu’elle s’affiche sur les ondes du service public (Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Michel Onfray ont leurs émissions régulières sur le service public, passent en permanence à la télévision tout comme Alain Soral n’a jamais été censuré par YouTube ni Amazon où il prospère) et qui se caractérise, in fine, par une islamophobie discrète ou ouverte et déclarée, ouvrant les portes au glissement idéologique de toute la société vers le FN, seul parti véritablement champion de l’état fort et de la lutte contre les arabes.

Moi, je suis fédéraliste, démocrate et socialiste. Je crois que les individus peuvent faire leurs choix, que l’éducation leur donne des outils, et qu’une constitution est ce qui les unit dans leurs diversités de foi, de pensée, de modes de vie et de projets. Je reste persuadé que les inégalités sociales et la dépossession du pouvoir économique confisqué entre les main d’actionnaires sont intimement liés. Je suis pour des impôts forts, progressifs, redistributifs, j’aime l’artisanat, l’économie locale et le quartier qui sont de véritables espaces de convivialité et d’exercice pratique du pouvoir mais également de réapprentissage d’une économie sobre, c’est à dire non polluante et durable. Je suis pour la totale liberté d’expression, que seule une justice indépendante et des médias à la liberté elle même garantie peuvent pondérer et mesurer. Je suis conscient que notre confort actuel, au delà de la prédation économique, n’a été rendu possible que par la création d’idéologie racialistes, par l’invention du nègre et du blanc, et par voie de conséquence, par la création, de fait, d’un privilège à être blanc, le blanc étant celui qui n’a jamais à se justifier, à se défendre ni avoir peur des contrôles de police et encore moins d’être abattu pour la simple couleur de sa peau. Ma gauche réinventée est une gauche qui parviendra à opérer cette synthèse entre un agenda digne des ambitions de la Social-démocratie suédoise des années 30/70, l’impératif d’une économie sobre, et une réel remise à plat de ce que des politiques impérialistes menées depuis près de 500 ans ont vicié dans nos rapports humains, sociaux et internationaux. Et par conséquent, je souhaite pour la France une ambition pluri-culturelle (elle l’est de fait mais le rouleau compresseur républicain casse chaque jour la créativité et les chances), démocratique, cosmopolite et ouverte.
Bref, je suis totalement incompatible avec le Front National, mais je suis persuadé que si j’étais sur face à celles et ceux que j’ai cité dans cet article, je subirais une attaque groupée pour démagogie, naïveté, trahison et autre salamalek dont ils ont le secret.
Alors, à qui le tour?

Leave a Reply

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
avatar
wpDiscuz