#déchéancezmoi

Le soir du 13 novembre 2015, alors que l’on commençait à compter les tués et les blessés de ces attentats sans précédents en France, le chef de l’état apparaissait à l’écran, visiblement très ému, et après seulement quelques secondes qualifiait ces événements, « c’est une horreur ». À ce moment là, l’émotion a très visiblement gagné le sommet de l’état, la dernière place où elle devait se trouver, et le peu de démocratie qui caractérise les institutions autocratiques de la 5ème république s’est réduit encore un peu plus.



À bien relire le texte de cette allocation, nous y trouvons toutes les dérives que naguère Pierre Mendès-France craignait. Le président a décidé seul, son allocution ne laisse la place à aucune discussion, à aucun débat.
Au contraire, en appelant « chacun à prendre ses responsabilités » et « à faire preuve d’unité », le tout ponctué d’un inhabituel « Françaises, Français » qui contraste avec l’habituel et plus neutre « mes chers compatriotes », il délimite de fait le rôle et la place de chacun.

L’état d’urgence, d’une durée de 15 jours, a été prolongé de trois mois dans une quasi-unanimité de la représentation nationale, des milliers de perquisitions visant principalement des lieux de culte musulman ont été menées, sans aucun contrôle judiciaire, la très grande majorité à l’aveuglette et beaucoup avec une telle brutalité qu’il a fallu une note de rappel des règles minimales du droit du ministère de l’intérieur.
Et finalement, trois jours après des élections régionales où le pouvoir a, pour « faire barrage au Front National », appelé ses électeurs à voter pour des listes de droite dont les leaders ont à plusieurs reprises exprimé, sur les questions d’immigration ou de droit des homosexuels, des positions très voisines du parti de Marine Le Pen, nous avons vu ressurgir une proposition émanant du FN et de la droite, l’inscription de la déchéance de nationalité pour les binationaux dans la constitution.

Pour la gauche, le camouflet est indéniable. Pétitions et articles, prises de positions se multiplient, on a même vu Robert Badinter et Pierre Joxe, deux grandes figures du premier septennat de François Mitterrand, sortir de leur silence.
Le gouvernement, se targuant du soutien d’une opinion aujourd’hui encore meurtrie par les crimes terroristes de 2015 et qui aspire légitimement au calme et à la sûreté, exploite la peur avec le même cynisme qui le conduit à reprendre le mercredi une proposition phare d’un FN qu’il appelait à faire battre le dimanche.
Le 21 avril permanent comme méthode de gouvernement, au service d’une république autoritaire réalisant une politique anti-sociale avec des résultats économiques calamiteux. Aucun débat, une assemblée réduite à l’état de caisse enregistreuse.

Le réveil de l’opinion publique, une fois la peur passée, sera terrible.

Le piège est de ne s’attarder que sur une mesure, fut elle issue du Front National et reprise par un président qui n’a plus que son indignité pour horizon.

Il est nécessaire de voir que cette politique n’a pas commencé en novembre 2015, mais qu’elle est l’aboutissement d’une dérive du discours et de la politique entamée il y a plus de 20 ans, quand la gauche a renoncé à parler de démocratie et commencé sa conversion au conservatisme républicain.

Depuis 200 ans, ce qui sépare la gauche et la droite a toujours été la conception de la république dans laquelle nous souhaitions vivre. La gauche, ça a toujours été cette aspiration à la démocratie, envisageant même, avec les différentes familles du socialisme, que cette démocratie serait également économique, en faisant de chacun son propre maître, dans la cité comme dans l’entreprise.

La gauche n’a dans son histoire défendu la république que quand elle était en danger, or même au Front National on ne veut pas remettre en cause la république.

De cette conversion au conservatisme républicain qui touche bien au delà du parti socialiste, de sa conception jacobine du pouvoir, centralisé et détenu par un groupe d’individus qui savent mieux que les autres ce qui est bon pour « le peuple », de sa résignation à une pure logique caritative de la gauche, nous avons progressivement vu (ré)émerger un discours de plus en plus normatif, notamment sur les étrangers ainsi que sur les pratiques religieuses. À la réalité pluri culturelle d’une France qui se réinvente continuellement par la vitalité de sa démocratie (conception de gauche), nous sommes passés à la contrainte d’une vision monolithique qui n’est pas sans rappeler le très autoritaire « interdit de cracher par terre et de parler Breton », à savoir une France abstraite, produite par les décisions d’une élite qui sait, et pour laquelle la population doit accepter des « sacrifices », voire même des règlements sur la longueur des jupes ou les menus des cantines.

L’inscription de la déchéance de citoyenneté dans la constitution s’inscrit dans cette idéologie. On pourra éventuellement l’empêcher, on n’en aura pas pour autant fini avec ce qui l’inspire.

Ce qui l’inspire, et François Hollande pourra s’en défendre de la façon qu’il veut, c’est l’idée qu’il y a une seule façon d’être français (« interdit de cracher par terre et de parler Breton »), que certains sont plus français que d’autres (puisqu’un terroriste issu d’une famille française ne sera jamais déchu), bref, que les enfants issus de l’immigration sont des français en sursis, que cette qualité est un honneur dont la moindre entorse les prive. La déchéance de nationalité pour les descendants de l’immigration, c’est raciste, au vrai sens du terme, et cette citoyenneté conditionnelle à deux vitesse ne va pas sans rappeler le code indigène, quand les peuples colonisés ne jouissaient pas de la citoyenneté, réservée aux seuls colons.

La gauche, la vraie, a du temps de la guerre d’indépendance algérienne, commencé à réfléchir à ces questions-là, et c’est certainement pour cette raison que tant de boucliers se sont levés. Et c’est bien. Mais il lui reste maintenant à démonter toute l’idéologie qui a permis qu’on en arrive là, et qui ne s’est pas imposée en un jour.

Il lui reste à revenir à ses fondamentaux démocratiques. À un réel projet de liberté et d’égalité, le projet d’une république démocratique, sociale, en y ajoutant car tel est le produit de son histoire, cosmopolite et pluri-culturelle. Ouverte sur le monde et ouverte aux vents du monde. Avec la certitude que c’est ainsi qu’elle sera à même, dans sa propre métamorphose d’elle même, de vaincre le terrorisme et la criminalité sans pour autant sacrifier ce pour quoi tant de générations ont donné leur vie. Vivre dignement, dans la liberté.

C’est tout le sens de ma candidature à l’élection législative de 2017 pour la région Europe de l’Est-Asie-Océanie, face au sortant de la république autoritaire étiqueté Les Républicains, Thierry Mariani.

C’est également tout le sens de ma candidature à la candidature à l’élection présidentielle de 2017.

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